Edito: Haïti, entre la cherté de la vie et l’insécurité…

SOCIÉTÉ

Ne pouvant plus, par milliers, les Haïtiens
ont investi les rues un peu partout, dans le pays.

À Jacmel comme dans d’autres villes de province, les citoyens n’ont pas chômé; ils ont investi les rues, à plusieurs reprises, pour exiger des autorités des mesures concrètes face au dépérissement continuel du pays.

Dans une atmosphère caractérisée par la terreur des gangs, la cherté de la vie et la dure réalité à laquelle est condamnée la majeure partie de la population, une conscience de révolte générale semble ne pas être trop loin. Puisque, depuis tantôt trois semaines, des Haïtens, un peu partout à travers le pays, ont marché par milliers dans les rues pour exiger de l’État de meilleures conditions de vie et, entre autres, la maîtrise des groupes armés, dont la mission criminelle a touché le fond, en ayant fusillé puis brûlé, récemment, des personnes, notamment les trois membres d’une même famille. On se le rappelle avec rage, quand rien de concret n’est encore fait en vue de freiner cette machine à crimes.

Entretemps, malgré les nombreuses voix qui se sont élevées pour condamner ce crime de trop, aucun membre du gouvernement n’a réagi dans le sens de la sécurité publique. Beaucoup Haïtiens restent coincés sous la toute-puissance des gangs, en dépit des quelques efforts de la PNH, obligeant certains membres du fameux « groupe 400 Mawozo » à fuir leur base.

Pire encore, c’est que dans ces journées noires en Haïti, nombreux sont ceux qui continuent dans leurs mauvaises pratiques. Là, nous sommes justement avec les propriétaires des pompes à essence, qui ne cessent de polluer, eux aussi, le climat difficile de nombre d’Haïtiens, en provoquant une rareté (superficielle) de carburant dans l’unique but de faire marcher leur entreprise de marché noir.

Dans la foulée, si dans le Nord ils se sont donnés corps et âme dans les rues sous l’impulsion de Moïse Jean-Charles, dans d’autres villes comme Jacmel, ils étaient, eux-mêmes, chefs de ces différentes journées de mobilisation. À Cap-Haïtien, tous d’une seule voix pour répondre «brile yo» à chaque fois que le leader de Pitit Dessalines évoquait soit les banques commerciales, soit les maisons de transfert ou encore les pompes à essence. Ce qui a, justement, servi à démasquer un nombre considérable de personnes, qui se prétendaient pourtant être du même côté de la barricade que la masse. Hypocrisie sur toute la ligne!

Il a fallu, en effet, ces déclarations pimentées, choisies au bon moment, de l’ex-candidat à la présidence Moïse Jean-Charles pour comprendre certains épisodes de ces mêmes mobilisations d’avant (notamment sur Jovenel Moïse, défunt).

À Petit-Goâve comme à Jacmel, une marée humaine a été remarquée dans les rues. C’était tellement impressionnant, dans la Cité d’Alcibiade Pommayrac, que certains ennemis du peuple ont avancé l’hypothèse selon laquelle d’autres personnes de mauvaise intention auraient infiltré la foule, dans le but de détruire les biens d’une famille riche à Jacmel. Ce qui a surtout motivé des hommes armés à tirer en direction de la foule, sous les yeux complices des policiers présents. Hypothèse, d’entrée de jeu, réfutée par la majorité de la population, critiquant ainsi la mauvaise foi de quelques hommes d’affaires de la ville.

Par ailleurs, de ces vagues de manifestations, à quoi Haïti devrait-elle s’attendre?
C’est, en tout cas, la question, probablement, la plus difficile à répondre dans un contexte si poignant.

Si, pour la plupart du temps, les mouvements de protestation ont souvent été motivés par des intérêts mesquins, ces derniers jours, ces rassemblements semblent prendre une autre dimension sociale, alimentée par la frustration du peuple.

Entre «démission du PM Ariel Henry en bloc, non à la cherté de la vie, au kidnapping et à la rareté de carburant», les voix, monocordes à ces propos, ont troublé et troublent encore le sommeil de beaucoup d’《abolotchos》de la République.

De tels mouvements et animations dans les rues, on aimerait bien qu’ils aboutissent à de choses concrètes, en termes de solutions aux déboires de cette population en promiscuité, dans une société fragmentée, et sous les yeux impuissants d’un État gendarme.

Où sont-ils passés, les gens pour qui Jovenel Moïse défunt était l’oiseau à chasser?
D’un langage populaire,  » ils sont là, à la même table et au centre de la séparation du gâteau pour ensuite repartir avec la part du lion », oubliant cette vague de militants qu’ils savaient mettre dans les rues pour forcer l’ancien président Jovenel Moïse à quitter le pouvoir. Mais oui, ils s’en foutent de nos malheurs! Qui l’aurait cru, hein? En tout cas!

C’est dommage que nous soyons de ce pays appauvri, ayant à sa tête des gens caractérisés, essentiellement, par le sous-développement.
Un pays, dirions-nous, ravagé, pendant plus de dix années, par un groupe de bandits qui se sont légalisés.

Nous autres, nous croirions à la sincérité de ces mouvements pour ainsi espérer un lendemain meilleur en faveur d’Haïti. C’est dommage qu’il y ait toujours ces « petits sans-aveu », qui se croiraient plus chefs que leurs patrons corrompus, pour se dresser en obstacles devant la masse, les empêchant ainsi, quelquefois, d’atteindre leurs cibles.
Oui, c’est comme ça que ça se passe en Haïti!

Voilà, aujourd’hui, la prière de l’Haïtien 《qu’un jour se retourne contre ces voleurs toutes ces armes qu’ils savaient distribuer dans les quartiers pauvres》.

Le jour meilleur n’est pas trop loin, que les manifestations continuent à travers le pays, tel qu’il est annoncé à Port-au-Prince et dans certaines villes de province.

Auteur Bazelais LAGUERRE

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