De ramasseur d’ordures à homme de loi : l’histoire fascinante et inspirante de Jean-Claude Jean

SOCIÉTÉ

Par Bazelais LAGUERRE

Il était 9 heures : 30! La journée venait de commencer. Nous sommes à Nan Matheux, une localité misérable de Lamontagne. Sourire éclatant, très fier et sûr de lui, Jean-Claude Jean était ravi de revenir sur les lieux de sa terrible enfance.

Une maisonette très modeste, ses parents sont déjà partis, M. Jean essayait de retracer l’histoire.
« Mes parents avaient sept (7) enfants, dont 2 filles. J’en suis le cadet. Nous avions vécu toute notre enfance ici, avec surtout le très peu de moyen qu’avaient nos parents», nous a-t-il confié, avec ses yeux larmoyants.

Grandir en Haïti, encore plus dans une zone très reculée et oubliée (très souvent), avec des conditions matérielles qui font pitié, est le plus grand combat pour bon nombre de familles. Cet homme, devenu aujourd’hui avocat, est un exemple de cette dure réalité.
« Quand ce n’est pas la difficulté d’envoyer nos enfants à l’école, c’est le cauchmar de ressentir au même moment qu’eux, sous leurs yeux, ce creu dans l’estomac qui nous rappelle les bombardements au temps où on faisait la guerre», relatait Jean-Claude, en tentant de reprendre les mots de sa mère défunte, lors d’une conversation qu’elle a eue avec une voisine.
Une réalité à glacer le sang pour cet homme qui a dû passer l’une des plus basses étapes de la vie. «J’étais ramasseur d’ordures. On me payait pour sacler des cours», se souvenait l’homme de loi qui, disait-il, ne serait jamais prêt à oublier cette étape de sa vie.

Si ses parents étaient morts dès l’aube des années 2000, M. Jean et son frère aîné ont dû, coûte que coûte, se débrouiller pour s’assurer que leurs jeunes frères et sœurs ne manquaient de rien.
Responsabilité qui allait bouster la fougue et la détermination des deux aînés, puisqu’ils allaient devenir des « parents incarnés» pour les autres.

« Dans leur vivant, malgré toutes les péripéties, ils s’efforcaient toujours à trouver quelque chose pour s’assurer de notre scolarité. S’oubliant constamment afin de s’occuper de nous, ils étaient les meilleurs au monde», élogiait l’intéressé qui, selon lui, voulait immortaliser ses parents.

De ramasseur d’ordures à homme de loi, défiant toute logique de «Déterminisme Social», le professeur des Sciences Sociales, qui réaffirmait sa croyance, croit que l’éducation est la plus grande arme qui puisse exister. «Sans cette dernière, aucun changement réel n’est possible dans aucune société», a tancé l’orateur qui, toutefois, se dit nostalgique par rapport au départ «trop» tôt de ses parents :« J’aurais adoré les revoir en ce moment», nous a-t-il déclaré.

Par ailleurs, entre l’avocat d’aujourd’hui et le malheureux enfant d’hier, M. Jean-Claude Jean, n’ignorant pas l’effet du déterminisme, croît plutôt en l’effet de la réussite paradoxale moyennant de l’enthousiasme et de la détermination de l’acteur.

«Je ne saurais ignorer la réussite paradoxale, car mes conditions matérielles de l’existence étaient pire que tout autre enfant de mon époque», justifiait cette fierté montagnarde à l’histoire fascinante et inspirante.

«Me voici aujourd’hui avocat. Ma famille et moi, nous menons une vie largement différente que celle de mon enfance. Nous sommes heureux. Nous sommes la fierté de nos enfants; il ne leur manque rien. Ils vivent heureux», s’est réjouit l’homme aux yeux noirs, qui profitait de lancer un message aux jeunes dont les conditions ne sont pas trop différentes des siennes, au temps de son enfance :« je voulais vous dire, chers amis : prenez au sérieux vos études! Investissez-vous dans des activités aux contenus intéressants».

Âgé maintenant de 45 ans, Jean est père de 3 enfants dont 1 garçon. Il est détenteur d’une maîtrise en Droit International, grade qu’il a décroché dans une université en France…

NB: le nom Jean-Claude Jean utilisé, ici, est un nom d’emprunt.

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