L’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse : entre mascarade et diversion

SOCIÉTÉ

Par Bazelais LAGUERRE

Nous sommes dans la nuit du 06-07 juillet 2021. Le peuple haïtien se réveille avec une nouvelle à glacer le sang. Tout le pays est en émoi : on a assassiné le premier citoyen du pays, une pluie d’incertitudes et de confusion prend place.

Voilà que nous sommes, maintenant, en janvier 2022, soit six mois après l’assassinat d’un président en fonction, SEM Jovenel Moïse. La nouvelle a eu l’effet d’une bombe atomique, quand, dès l’aube, on a été informés sur la mort du locataire du palais national, Jovenel Moïse. Nouvelle page dans «le livre des malheurs» des Haïtiens: un président martyrisé jusqu’à rendre son dernier souffle. 

Émoi total! Commentaires de toutes sortes prennent place. Les Haïtiens choqués par une telle nouvelle étaient dans la panique la plus totale. Entre doute, peur et inquiétude, d’aucuns se réservent le droit de ne pas formuler d’hypothèses.

Maintenant, six mois après cet acte affreux, quid de l’enquête? Beaucoup d’Haïtiens restent très perplexes à l’idée d’une éventuelle enquête transparente, car la justice haïtienne n’inspire guère confiance. Évidemment, certains s’en foutent. Car, selon eux, l’ex-président avait contribué, lui aussi, à détruire les institutions. En tout cas! 

Aussi barbare que puisse être ce crime, cela ne pourrait ne pas attirer l’attention de l’international. Et, voilà que les Etats-Unis en prennent acte et se mettent du côté d’une «bonne enquête» pour la famille de l’ex-président et ses amis. Mais, connaissant l’histoire de la «Nation Étoilée», notamment son ingérence dans les pays pauvres, beaucoup d’Haïtiens croient que les Etats-Unis auraient une «main cachée» derrière cette affaire. Cependant, au-delà de cette hypothèse, bien d’autres ont été formulées: Jovenel serait victime de son propre clan, en ayant refusé, à maintes reprises, de continuer à marcher selon le vœu de sa famille politique.

L’enquête se poursuit. Rire! Oui, puisqu’on continue avec les arrestations. Les jours passent et l’enquête traîne. Selon les proches du malheureux Jovenel, les autorités compétentes ne sont pas pour une enquête, mais plutôt déplacent des pions qui ne visent qu’à entraver l’enquête ou à faire oublier cette histoire. L’hypothèse selon laquelle les Etats-Unis auraient commandité certaines des arrestations est aussi évoquée, car certains de ces hommes armés présumés coupables dans cet assassinat, auraient été d’éventuels employés de Federal Bureau of Investigation ( FBI) et de Drug Enforcement Administration ( DEA).

En vertu de tout cela, des voix se lèvent et créent le doute sur une éventuelle complicité du Pentagone dans la mort de «Nèg Bannann lan», dans un contexte de troubles politiques et d’insécurité généralisée. 

Jovenel s’était véritablement fait des ennemis ici, en Haïti, et dans l’international, par sa manière trop arrogante à dénoncer ses opposants ou certaines personnes particulières de la bourgeoisie. Plus d’un en sont conscients. Le doute plane. Sa famille et ses francs amis continuent de dénoncer en exigeant justice au défunt. 

Ce qui n’est, peut-être, pas étonnant, c’est que pour beaucoup de personnes, toutes ces arrestations n’aboutiront à rien. Il ne s’agit que de mascarade et de diversion. 
Mascarade : parce que les vrais concernés sont encore en cavale.
Diversion : parce que justement ces arrestations ne visent qu’à brouiller les véritables pistes d’une enquête fiable et transparente.

Certains vont plus loin pour dire qu’il n’est pas impossible que rien ne soit fait dans ce dossier. La justice haïtienne est trop faible. Il faut une enquête internationale. Mais, la question des États-Unis pose problème et beaucoup s’en doutent, lors même que d’autres s’en foutent. 

Au petit matin du 07 juillet 2021, un président parti pour ne plus jamais revenir a suscité une énorme inquiétude dans les familles haïtiennes. Quelque six mois après, rien de sérieux n’est toujours pas encore fait, ce qui n’étonne pas vraiment. Entre promesses fallacieuses, gabegie administrative et mauvaise gouvernance, l’administration de Jovenel Moïse a sombré l’économie du pays, même si ses proches refusent de l’admettre. Qui pis est, après sa mort, ils (ses amis) voulaient l’immaculer. Et, sans aucune gêne, même certains de ceux qui n’étaient forcément dans son équipe, quelques jours après, allaient nous vendre un autre visage de Jovenel Moïse, un visage d’homme de bien, ennemi de la corruption. Hypocrisie absolue! Mais, nous sommes quand même en Haïti. Ce n’est pas étonnant! 

Cette journée, celle du 07 juillet, fut la plus troublée et la plus mouvementée à Haïti, tant que les Haïtiens ne sont pas ou très peu habitués à un tel événement. Et, depuis, il n’y a que diversion, division, confusion, mascarade… et les gangs armés sont à l’apogée de leur règne. Quel pays! Et le pays sombre…!

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