Éditorial : Un 2021 surprenant supplante des rêves, à Haïti, mais tout espoir est-il perdu?

SOCIÉTÉ

Nous sommes en 2021! L’année qui devait être un « oufff » de soulagement pour la majorité des Haïtiens, après un 2020 beaucoup trop mouvementé par des troubles politiques, le coronavirus et notamment l’insécurité galopante. Bref! Fini la maudite année 2020 pour faire place à 2021 avec toute sa complexité. Oui, elle aura été très et même trop complexe!

Hélas! L’année 2021 n’aura été que martyrs et sang! Les Haïtiens, qui n’en peuvent plus, se retrouvent prisonniers, car ils sont contraints de limiter leurs parcours. Contre toute attente, cette année, dit-on, est bien pire que 2020. Il semble que c’est l’année la plus maudite qu’on n’ait connue, ici, en Haïti, selon l’opinion publique.

En effet, cette année est arrivée avec fracas, tourments et persécutions de toutes sortes. On a assisté à tellement d’événements malheureux que plus d’un se sentent mal d’être de cette terre. Les jours passent et les crimes s’intensifient. Personne n’est épargné! L’insécurité et les ambitions politiques nous ont volé des gens intègres, des journalistes conséquents et des militants engagés.
Qui oubliera cet acte affreux perpétré contre l’éminent bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me. Monferrier Dorval? Quoi de plus dur et de plus douloureux que d’avoir assisté à ces pertes énormes! Nos ancêtres ont beaucoup trop souffert pour avoir, aujourd’hui, ce mode de pays; un pays vilipendé, maltraité et humilié.

Dans le répertoire de ces affreux crimes que nous a apportés 2021, il y a ce à quoi l’on ne s’attendait absolument pas : l’assassinat crapuleux du président de la République, Jovenel Moïse.
Entre complots de ses proches et trahison politique, ils (ses proches) s’accusent et tentent de lever le voile sur le mystère qui cache derrière cette barbarie. « Le président a été livré» était devenu un véritable refrain qui résonne à tous les coins et recoins du pays. Et, nous n’oublierons jamais cette phrase célèbre de sa femme « toi, si loyal envers eux, tu as été livré et abandonné». Jovenel est parti dans un contexte de turbulences politiques et d’insécurité. Et, depuis, il n’y a que diversion, confusion et division. Oui, division, il y en a: Jovenelistes et PHTKistes s’opposent et se dénoncent, et la fameuse opposition montée depuis environ dix ans se confond avec les gens auxquels elle ne voulait s’allier, quelque temps avant.

Par rapport à cet assassinat, certains crient au scandale et maintiennent l’hypothèse selon laquelle le président aurait été victime de l’insécurité qu’il a, lui-même, instaurée, en n’ayant rien fait pour stopper les groupes armés qui endeuillent, au quotidien, les familles haïtiennes. Ces hommes armés, sans foi ni lois, détruisent, cambriolent, séquestrent, violent et kidnappent. On dirait qu’ils sont intenables et invulnérables tant qu’aucune mesure n’a jamais été prise en vue de les amputer de leurs sales jobs. Hélas!

Face à ce climat de terreur et de crise généralisée, cela n’interpelle toujours pas la conscience des autorités quand des cerveaux du pays partent vers d’autres pays, en quête de mieux être. Ils n’ont pas le choix. Haïti les place dans une situation où partir est devenu la plus évidente des choses. Le pays pleure; il sombre et on continue dans cette désillusion. Qui viendra tirer le pays de l’abîme? Les Haïtiens sont restés très confus sur ce point, tant que personne de ce pays n’inspire aucune confiance. Se trouver des modèles, ici, en Haïti, est devenu une utopie…

Dans la foulée, ceux qui, jadis, ne voulaient pas cohabiter avec Jovenel Moïse, sont aujourd’hui aux timons des affaires et avec toute la largesse économique qui marche avec.

Tous les secteurs qui, dans une démarche démocratique, veulent redorer le blason de la société haïtienne, doivent absolument être capables de grands dépassements de leurs petits intérêts personnels. Il faut au peuple un projet de société qui garantira le bien-être collectif.

Évidemment, écarter ses propres intérêts au profit de l’intérêt collectif s’avère la plus difficile des choses, car, c’est une démarche citoyenne qui implique patriotisme et responsabilité. Si certains des Secteurs n’étaient pas vraiment Démocratiques, il revient maintenant au peuple conséquent de ne plus choisir ceux qui vont seulement répéter « nous voulons une transition de rupture», mais ceux-là dotés d’une grande ouverture d’esprit, qui soient capables de rallier toutes les filles et tous les fils du pays autour d’une seule et même table pour discuter de grands projets sociétaux.

La démarche politique doit cesser d’être ce que j’appellerais « ôte-toi de là que je m’y mette» pour être remplacée par de « grandes politiques sociales» dans l’intérêt de la nation. Beaucoup d’Haitiens répètent souvent « nous sommes trahis», mais non. De préférence, ils se trahissent, crois-je, par leur choix irrationnel.
Ce projet de pays dont nous parlons ne doit pas être de petits projets claniques, mais une large démarche qui prendra en compte tous les défis et les déboires d’Haïti. Alors, le pays sera désormais au centre de toutes discussions.

Le pays dégringole; son changement doit passer par des gens intègres, honnêtes et respectueux. Le pays n’avait jamais eu besoin «d’abolotchos», mais les a eus, malheureusement par faute d’éducation et d’une absence de conscience citoyenne. Le pays doit divorcer d’avec ces malfrats qui ne cessent de piller le trésor public.

Si aujourd’hui, certains ont honte de s’identifier comme Haïtiens, c’est qu’en réalité, dans leur organisation de peuple, leurs choix n’ont jamais été à la hauteur des attentes des masses défavorisées. Ici, sur ce bout de terre, combien de rêves partis en fumée! Il n’y a aujourd’hui que des regrets; ils sont nombreux. Mais au-delà de ce gouffre, il y a des combattants qui ne veulent pas baisser les bras et qui veulent aller jusqu’au bout. Que, sur le pays, un nouveau vent souffle, enfin! Haïti a besoin du sang neuf certes, mais il faudra des femmes et hommes honnêtes qui soient en adéquation avec les intérêts et les revendications du peuple. Nous sommes conscients du très mauvais état du pays, cependant il faut éviter toute acceptation molle.

Haïti renaîtra de ses cendres! Haïti rebrillera aux yeux du monde, comme le soleil dans un matin de printemps!

Auteur: Bazelais LAGUERRE

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