Haïti- Politique: Où est passée l’autorité de l’Etat?

POLITIQUE

Par Bazelais LAGUERRE

Si la majeure partie des Haïtien-nes vivent avec une peur bleue, c’est parce que l’Etat Haïtien est peut-être inexistant ou n’existe pas réellement. Cet État est donc amputé de sa souveraineté; la population est confuse face à cet état de fait.

Selon la définition que propose Toupictionnaire, l’autorité étatique est l’autorité qui émane de l’Etat. Ce dernier dispose d’une personnalité juridique et d’une autorité légale, s’appuyant sur le droit positif, qui s’impose à toute collectivité nationale.

Cette autorité, d’après Max Weber, est exercée par des agents publics organisés en institutions ayant un droit propre, le droit public, et qui ont à leur tête un chef de l’Etat et un gouvernement. Inexistant en Haïti, l’Etat ne peut garantir à la population un climat de paix ni un climat de confiance, voire répondre à ses besoins.
Les liens sociaux se trouvent fissurés; les rapports sont tendus et très délicats. Dans certaines zones, par le biais des gangs, des hommes imposent leurs lois et défient l’Etat qui ne peut leur contrecarrer.

L’autorité de l’Etat, ce n’est pas une autorité abusive, mais une représentation tendant à garantir sa souveraineté, à protéger ses citoyen-nes et à rendre confiants ses habitants ou encore à assurer la sécurité de ses citoyen-nes. Dans la logique de Hannah Arendt, le terme autorité renvoie à deux phénomènes.

D’un côté, ses caractéristiques sont largement tirées d’une phénoménologie de cette relation diffuse dans le corps social qui est appelée communément «autorité». De l’autre côté, d’ailleurs Arendt y insiste, l’autorité constitue le principe actif de légitimation du gouvernement et, plus généralement, d’une forme politique. Donc, c’est une notion dérivée explicitement de « l’auctoritas » classique.

Toujours dans l’esprit de l’analyse de Hannah Arendt, l’autorité se définit en opposition à la persuasion et à la contrainte. Lorsque les ressources de l’argumentation se déploient dans le cadre d’une relation égalitaire, il s’agit d’un rapport de pouvoir et l’autorité est suspendue; par contre, l’usage de la violence signifie que l’autorité a échoué . Quoi de plus explicite pour montrer l’échec de l’autorité de l’Etat Haitien. À sa place, ce sont les bandits notoires qui dirigent; contrôlent et ordonnent des trêves quand ils le veulent.

Haïti est en train de sombrer sous les yeux complices de ses amis de l’international. Mais, que peuvent vraiment ces soi-disant amis quand, eux-mêmes, ils ont contribué à instaurer ce climat de peur et de tensions en Haïti. Ils observent de loin et ordonnent, quand la tension augmente, à leurs citoyens de laisser le pays dans le plus bref délai. La réalité haïtienne est triste et fait pitié. Et malgré tout, c’est dans ces moments «des eaux troublées» que certains construisent et augmentent leurs capitaux.

Parlant de la faiblesse de l’Etat, cela explique l’incapacité des dirigeants à instaurer un climat de paix, un climat de confiance pour tous les Haïtien-nes et également leur impuissance à réguler le marché haïtien, qui connait toutes formes de contrebandes. Cela montre aussi l’impuissance des autorités à prendre le contrôle du pays et le destin du peuple haïtien. Un État sans autorité est un symbolisme qui n’inspire aucune confiance. C’est un État qui perd tout contrôle de son territoire. Face à cette situation , le climat de tensions règne , la crise généralisée prend chair et met l’État à nu devant ses responsabilités.

Cette situation est la plus décriante tant que les dirigeants ne sont pas responsables et n’assument pas leurs devoirs envers la population. L’Etat est faible sur toute la ligne; il n’intervient pas du côté des plus faibles. L’Etat-Providence n’est pas là et, l’Etat, en soi, a même peur pour sa sécurité. C’est impensable, alors! En fait, il ne peut même s’assumer; l’Etat a donc failli.

Cette autorité étatique dont il est question est également, si elle implique elle aussi une relation hiérarchique stable, où la place de chacun est définie sur un axe vertical, suppose en même temps une reconnaissance de la part de celles et ceux sur lesquelles/lesquels elle s’exerce. Pour être plus précis, son trait principal est que celles et ceux et dont l’obéissance est requise la reconnaissent inconditionnellement; il n’est en ce sens nul besoin de contrainte ou de persuasion.

Dans un pays où les dirigeants perdent leur autorité, les citoyen-nes se demandent qu’est-ce qu’ils peuvent attendre de mieux. Incompétents de leur état, les dirigeants ne se contentent que de remplir leurs poches géantes, de faire le jeu de ceux qui les ont placés aux postes, ou encore poursuivre leurs actes de corruption qui, en Haïti, serait une chose normale. Que faire? Le pays n’en peut plus. L’Etat doit restaurer son autorité, empêchant ainsi aux bandits de continuer d’imposer leurs lois.

Il est clair qu’aujourd’hui le pays n’est ni administré ni dirigé. Tout contrôle échappe à nos autorités; elles sont faibles et débiles. Haïti doit être repensée pour être ensuite rebâtie sous de nouvelles bases; des bases qui doivent être jetées par les citoyens-nes responsables et qui inspirent la confiance de la population. Les Haïtien-nes sont plutôt sous l’autorité des gangs armés que d’être sous celle de l’Etat.
Avec qui négocier? Pas avec l’Etat, en tout cas. Mais, avec les bandits juste pour avoir le feu vert de circuler…

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