Haïti-Politique: Comment sortir de la crise politique actuelle ?

POLITIQUE

Depuis son indépendance, le 1er janvier 1804, le pays est divisé. En 1986, nous nous sommes rebellés contre la dictature pour orienter le pays vers la voie de la démocratie. Nous avons pensé que ce nouveau système pouvait redresser la barque du pays en stoppant sa descente aux enfers. Lorsque nous essayons de faire le bilan de tous les gouvernements qui se sont succédé, nous ne pouvons enregistrer qu’après leur mandat ils laissent entrevoir un pays plus fragile et plus vulnérable avec un accroissement faramineux de la dette publique.

Cette succession d’échecs, loin de nous interpeller, continue de déchirer le tissu social par un sentiment d’égoïsme à outrance et une course effrénée vers la prise du pouvoir. Nous sommes aujourd’hui plongés dans une période très sombre de notre histoire de peuple valeureux et héroïque. Le 8 février 2021, le pays s’est réveillé avec un nouveau président provisoire nommé par certains membres de l’opposition et contesté par d’autres pour des raisons inavouées. 

Depuis lors, le pays connait deux présidents dont l’un au timon des affaires et soutenu par l’impérialisme américain, et l’autre se cachant quelque part, faisant frileusement des déclarations et qui est censé dans le viseur du pouvoir en place.

Les deux, chacun à sa façon se fait une interprétation de la constitution. La cour constitutionnelle comme organe de règlement des conflits n’a jamais été effective. Même de façon transitoire, les compétences de cette cour n’ont pas été transférées à une branche du pouvoir judiciaire. Cette absence de dispositifs réglementaires prête à équivoque dans la volonté des acteurs politiques de faire triompher le droit puisque les mêmes problèmes surviennent toujours sans une issue heureuse. D’autres diraient que c’est dans l’anarchie que les politiciens se sentent confortables. Pour beaucoup, la situation est insoutenable et inacceptable. Comment sortir de cette crise ? Quels sont les scénarios possibles ?

Jovenel reste au pouvoir

Jovenel souffre d’un déficit démocratique mais il lui reste moins de 12 mois pour laisser le pouvoir. Une trêve de la part de l’opposition pour la fin de son mandat serait l’option la plus envisageable. Selon l’opposition et une bonne partie de la société civile, le maintien de Jovenel est loin d’être une option souhaitable. Nous référant aux déclarations de Youri Latortue sur les antennes de France 24 qualifiant le président de dictateur et d’inconstitutionnel, l’opposition ne jure qu’à combattre Jovenel MOÏSE jusqu’à le pousser dans ses derniers retranchements.

Vu cette position radicale de l’opposition depuis l’installation de Jovenel MOÏSE au palais national même une cohabitation n’est pas concevable. Nous supposerions que, si elle voulait s’immiscer dans une telle configuration, elle cède déjà aux offres alléchantes du président. Ce n’est pas en fin de mandat qu’elle va coopérer. C’est prévisible ! 

Prise de pouvoir par l’opposition

En attendant 2022 s’il n’y a pas d’élections, l’option présumable pour l’opposition c’est d’arriver à chasser Jovenel MOÏSE par un coup d’Etat. Le président provisoire n’a, jusqu’à date, le soutien d’aucun pays étranger. Le peuple laisse jouer le jeu mais il ne consent pas. Aucun plan sérieux n’est encore présenté à la population pour la mettre en confiance. Cette option aussi évidente qu’elle puisse être n’est pas la bonne option pour ôter le pays dans cette crise chronique.

Dans les faits, ni Jovenel Moise ni l’opposition ne respectent la loi mère du pays. Ils sont tous deux en train de saboter les principes démocratiques qui définissent les règles du jeu politique. Aucun d’entre eux n’est crédible pour mener les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Dès lors, une chose s’impose, c’est le DIALOGUE.

Selon un sondage de l’ONU, 9 haïtiens sur 10 soutiennent le dialogue. Cela sous-entend que ce n’est plus une option mais une obligation pour les antagonistes d’emboiter le pas vers le chemin du dialogue. Haïti est supposé le déterminant des deux camps. Pour le bien du peuple, nous osons imaginer qu’aucun sacrifice ne serait trop grand. Face à cette crise qui sévit depuis longtemps et qui s’amplifie ces derniers jours, il faut une résolution négociée par l’émergence d’un consensus sur les contours d’un accord politique. Sans un accord, la crise risque de perdurer alors qu’elle a déjà trop duré.

Nous appelons à la conscience citoyenne de tous et de chacun pour se mettre ensemble afin de freiner ces cycles d’instabilité qui ne cessent de dégrader les conditions de vie de la population.

Auteur : Guire Ricardo DOSSOUS

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